4 vérités surprenantes sur les inductances (ou bobines)

À première vue, la bobine, aussi appelée inductance, semble être l’un des composants les plus simples de l’électronique : un simple fil de cuivre enroulé sur lui-même. Pourtant, sous cette apparence modeste se cache un comportement complexe, presque « vivant ». Contrairement à une résistance qui se contente de freiner le courant, la bobine possède une sorte d’inertie électromagnétique qui la rend unique et absolument indispensable. Elle résiste, se défend, et peut même se transformer. Cet article lève le voile sur quatre de ses caractéristiques les plus étonnantes, qui prouvent qu’elle est bien plus qu’un simple fil enroulé.
L’inductance déteste le changement
La propriété la plus fondamentale d’une bobine est de s’opposer à toute variation du courant qui la traverse. Elle n’aime pas le changement, qu’il s’agisse d’une augmentation ou d’une diminution du courant.
Pour bien comprendre ce phénomène, imaginez une roue à aubes massive et pesante. Au premier filet d’eau, elle grince et bouge à peine, s’opposant au mouvement. Il faut que le courant force longuement pour la mettre en rotation. Mais une fois lancée, son élan est tel que si vous coupiez l’eau, elle continuerait à tourner, mue par sa propre inertie. La bobine traite le courant électrique avec cette même inertie majestueuse et têtue.
Ce concept d’inertie électromagnétique est au cœur de son fonctionnement. À l’image d’un objet lourd qui s’oppose à tout changement de vitesse, une inductance résiste à toute variation de courant qui la traverse. Cette inertie n’est pas un défaut, mais sa plus grande force. En agissant comme un « frein temporaire », elle permet de lisser les courants, d’absorber les fluctuations brutales et d’assurer la stabilité dans d’innombrables circuits, notamment dans les alimentations électriques.
Le « coup de fouet » inductif
Mais que se passe-t-il lorsque cette formidable inertie, cette volonté de maintenir le courant à tout prix, est brutalement contrariée ? C’est là que l’inductance révèle son côté sombre et potentiellement destructeur.
Si l’on coupe brusquement l’alimentation d’un circuit contenant une inductance, par exemple en ouvrant un interrupteur, celle-ci va tout faire pour maintenir le courant qui circulait en elle. Pour y parvenir, elle génère une tension inverse très élevée à ses bornes, un phénomène appelé surtension ou « coup de fouet » inductif. Ce pic de tension peut atteindre des centaines, voire des milliers de volts, même dans un circuit alimenté en basse tension.
Toute l’énergie stockée dans le champ magnétique est libérée en un instant, comme le claquement d’un fouet. L’énergie qui s’est accumulée lentement dans la longueur du fouet est libérée de manière explosive à son extrémité. Pour protéger les autres composants de cette surtension, les concepteurs ajoutent presque toujours une « diode de roue libre » en parallèle de la bobine, qui lui offre un chemin pour dissiper son énergie en toute sécurité.
Ce n’est pas une simple curiosité théorique. C’est un phénomène quotidien dans les circuits commandant des relais électromécaniques ou de petits moteurs. Sans diode de protection, chaque désactivation du relais enverrait une surtension fatale vers le microcontrôleur qui le commande.
À haute fréquence elle devient un condensateur
On apprend qu’une bobine est une bobine, et un condensateur est un condensateur. Pourtant, la réalité est plus nuancée. Une inductance réelle n’est jamais un composant pur. La proximité de ses enroulements (les spires) crée inévitablement une « capacité parasite intrabobinage » inhérente.
Cette capacité parasite, bien que très faible, est connectée en parallèle avec l’inductance de la bobine. Ensemble, elles forment un circuit résonant parallèle. Il existe donc une fréquence bien précise, appelée fréquence d’auto-résonance (SRF), à laquelle ce circuit entre en résonance.
C’est ici que survient la transformation. Au-delà de cette SRF, l’effet capacitif devient prédominant. Imaginez que le courant à haute fréquence a deux chemins possibles : le long et sinueux chemin de l’inductance, ou le « raccourci » à travers la capacité parasite. Au-delà de la SRF, le raccourci capacitif devient tellement plus facile à emprunter que le composant se comporte essentiellement comme ce raccourci : un condensateur. L’impédance, qui devrait augmenter avec la fréquence, se met à chuter brutalement.
Pour un ingénieur, la SRF marque la frontière de l’utilité d’une bobine. Utiliser une inductance au-delà de sa SRF, c’est concevoir un circuit qui se comportera à l’exact opposé de ce qui est prévu.
En courant continu c’est (presque) un fil
Voici le paradoxe final. Un composant dont toute l’identité repose sur sa capacité à s’opposer aux variations de courant… ne fait presque rien lorsque le courant est parfaitement stable.
Rappelons la loi fondamentale de la bobine : u = L * di/dt. Le terme crucial ici est di/dt, qui ne représente pas le courant lui-même, mais sa variation dans le temps. En courant continu stable, par définition, il n’y a plus de variation. Le courant est constant, donc di/dt est égal à zéro. L’équation devient alors u = L * 0, ce qui donne une tension u de zéro volt. Un composant avec un courant qui le traverse mais aucune tension à ses bornes est, par définition, un court-circuit.
Bien sûr, dans le monde réel, ce n’est pas tout à fait un fil parfait. Le long fil de cuivre enroulé possède une faible résistance propre (appelée DCR pour Direct Current Resistance, ou résistance en courant continu). Une bobine réelle se comporte donc comme une simple résistance de très faible valeur.
Ce comportement est l’un des plus surprenants. Après avoir lutté contre l’établissement du courant, la bobine, une fois le courant stabilisé, baisse les armes et le laisse passer sans opposition.

Le magicien discret de l’électronique
La bobine est bien plus complexe qu’il n’y paraît. Son inertie qui résiste, son pic de tension qui se défend, sa transformation en condensateur qui prouve qu’elle peut se transformer, et sa simplicité trompeuse en courant continu… Ces quatre facettes révèlent une personnalité riche, faisant d’elle le véritable magicien discret du monde des composants passifs.
Maintenant que vous connaissez la personnalité cachée de la bobine, quel autre composant électronique vous semble mériter un examen plus approfondi ? Le condensateur ?
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